Vivre à l'île Maurice
Vivre à l'Île MauriceLe guide francophone
Le Morne Brabant au coucher du soleil, montagne refuge des esclaves marrons à l'île Maurice

L'histoire de l'île Maurice

Une île sans habitants jusqu'au XVIIe siècle, trois colonisations successives, l'esclavage puis l'engagisme, et l'indépendance de 1968. Le récit complet, dans l'ordre.

L'histoire de l'île Maurice en cinq périodes

  • Avant 1598 : une île sans aucun habitant. Arabes et Portugais la repèrent, personne ne s'installe. C'est le royaume du dodo.
  • 1598-1710 : les Hollandais la baptisent Mauritius, exploitent l'ébène, introduisent la canne, puis abandonnent.
  • 1715-1810 : la France en fait l'Isle de France et fonde Port-Louis. Le français vient de là.
  • 1810-1968 : les Britanniques prennent l'île. Abolition de l'esclavage en 1835, puis engagisme indien.
  • Depuis 1968 : un État indépendant, république en 1992, aujourd'hui l'un des pays les plus prospères d'Afrique.
1598
Hollandais
1715
Isle de France
1810
Britanniques
1835
Abolition
1968
Indépendance

Les dates clés, de 975 à aujourd'hui

Vingt événements qui résument un millénaire, du premier passage des navigateurs arabes à l'accord sur les Chagos. Filtrez par période ou dépliez une date pour le détail.

  1. Le capitaine Guillaume Dufresne d'Arsel débarque et revendique l'île pour Louis XV. Elle devient l'Isle de France. Le peuplement réel ne commence qu'en 1721, quand la Compagnie française des Indes y envoie des colons depuis Bourbon, l'actuelle Réunion.

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Une île longtemps inhabitée : le temps du dodo

Maurice a une particularité que peu de pays partagent : personne n'y vivait avant le XVIIe siècle. Aucun peuple autochtone, aucune trace d'occupation ancienne. Volcanique, surgie de l'océan il y a environ huit millions d'années, l'île est restée à l'écart des routes de peuplement humain. Toute la population mauricienne actuelle descend donc de personnes arrivées par bateau, de gré ou de force.

Les navigateurs arabes la croisent vers l'an 975 et la nomment probablement Dina Arobi. Les Portugais y font escale entre 1507 et 1513 pour l'eau et le bois, la baptisent Cirne, y lâchent des porcs et des singes pour les équipages suivants, puis passent leur chemin. Ni les uns ni les autres ne fondent quoi que ce soit : l'île n'a ni or, ni épices, ni population à commercer.

Pendant ce temps, l'île abrite une faune unique, dont le dodo. Cet oiseau d'une vingtaine de kilos avait perdu l'usage du vol faute de prédateur. Contrairement à la légende, ce n'est pas tant la chasse qui l'a exterminé que les rats, porcs et macaques débarqués avec les navires : ils dévoraient ses œufs, pondus à même le sol. Les dernières observations crédibles remontent aux années 1660-1680. Le dodo figure aujourd'hui sur les armoiries du pays, avec la devise « Stella Clavisque Maris Indici », l'étoile et la clé de l'océan Indien.

Les Hollandais : l'ébène, la canne et l'échec (1598-1710)

En septembre 1598, une escadre néerlandaise commandée par l'amiral Van Warwyck s'abrite d'une tempête dans une baie du sud-est, l'actuel Grand Port. Les Hollandais prennent possession de l'île et la nomment Mauritius, en l' honneur du prince Maurice de Nassau. Ce nom lui est resté : c'est encore le nom officiel du pays en anglais.

La colonisation véritable n'arrive qu'en 1638, avec un petit établissement de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les colons viennent surtout chercher l'ébène, un bois noir très recherché en Europe, qu'ils coupent sans mesure. Ils introduisent deux choses qui vont marquer l'île pour toujours : la canne à sucre, rapportée de Java, et le cerf de Java, qui peuple encore les chasses mauriciennes. Ils amènent aussi les premiers esclaves, de Madagascar et d'Asie du Sud-Est.

Rien ne fonctionne. Les cyclones détruisent les récoltes, les sécheresses alternent avec les pluies, les rats ravagent les cultures, et les esclaves s'enfuient dans les forêts intérieures. Surtout, la Compagnie dispose du Cap de Bonne-Espérance, bien mieux placé sur la route des Indes. En 1710, les derniers colons plient bagage. L'île redevient déserte pendant cinq ans. Il y reste des cochons et des macaques retournés à l'état sauvage ; le dodo, lui, a déjà disparu.

La période française : l'Isle de France (1715-1810)

Le 20 septembre 1715, le capitaine Guillaume Dufresne d'Arsel débarque et revendique l'île au nom de Louis XV. Elle devient l'Isle de France. Le peuplement réel ne démarre qu'en 1721, quand la Compagnie française des Indes envoie des colons depuis l'île Bourbon, la future Réunion. Ces 95 années comptent pour un quart à peine de l'histoire habitée de Maurice, mais ce sont elles qui ont laissé les traces les plus visibles : la langue française et le créole, les noms de villages, une partie du droit civil.

Mahé de La Bourdonnais et la naissance de Port-Louis

Nommé gouverneur en 1735, Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais transforme une colonie de subsistance en base navale. Il déplace la capitale sur la côte nord-ouest, à l'abri des vents dominants, et y bâtit Port-Louis : port en eau profonde, chantiers navals, aqueduc, hôpital, routes vers l'intérieur. Depuis cette base, la France contrôle une partie de la route des Indes. Sa statue se dresse toujours face au port.

Une génération plus tard, l'intendant Pierre Poivre fait venir clandestinement des plants de muscadier et de giroflier arrachés au monopole hollandais des Moluques, et les acclimate au Jardin de Pamplemousses. Le jardin botanique existe toujours et se visite.

Grand Port 1810 : la victoire qui n'a rien changé

La Révolution passe mal l'océan. Quand Paris abolit l'esclavage en 1794, les colons de l'Isle de France refusent d'appliquer le décret et renvoient les émissaires de la Convention. Bonaparte confirme le maintien de l'esclavage en 1802. L'île devient un repaire de corsaires, dont Robert Surcouf, qui saignent le commerce britannique.

Londres décide d'en finir. En août 1810, l'escadre française bat la Royal Navy dans la baie de Grand Port : c'est la seule victoire navale française gravée sur l'Arc de Triomphe. Elle ne sert à rien. En décembre 1810, une flotte de plus de soixante-dix navires débarque des milliers d'hommes au Cap Malheureux, au nord, et la garnison capitule. L'acte de capitulation garantit aux habitants leurs lois, leur religion et leur langue, ce qui explique que le français ait survécu à un siècle et demi de domination anglaise. Le traité de Paris de 1814 entérine le partage : Londres garde Maurice, Paris récupère Bourbon. C'est là que Maurice cesse d'être française et que son destin se sépare de celui de La Réunion.

La période anglaise, l'esclavage et l'engagisme (1810-1968)

Les Britanniques gouvernent pendant 158 ans, plus longtemps que les Français et les Hollandais réunis. Ils changent peu la société coloniale en place, gardent les planteurs francophones et leurs terres, et concentrent l'économie sur une seule chose : le sucre. Vers 1830, la canne occupe la majeure partie des terres cultivables de l'île.

Coupe de la canne à sucre dans une plantation, le travail qui a structuré l'économie et la société mauriciennes

La canne a organisé la société mauricienne pendant près de deux siècles : d'abord par l'esclavage, puis par l'engagisme.

L'abolition de 1835 et le refuge du Morne

L'esclavage démarre sous les Hollandais et prend toute son ampleur sous les Français, qui font venir des captifs de Madagascar, du Mozambique et d'Afrique de l'Est. Sous les Britanniques, la traite illégale continue un temps malgré son interdiction de 1807.

L'abolition entre en vigueur le 1er février 1835 et libère environ 66 000 personnes. Les propriétaires reçoivent une indemnité de deux millions de livres sterling ; les affranchis, rien. La plupart refusent de retourner travailler dans les champs où ils étaient asservis et partent vers la côte, où ils fondent des villages de pêcheurs. Le 1er février est aujourd'hui jour férié à Maurice.

Avant l'abolition, des esclaves en fuite, les marrons, se réfugiaient sur les hauteurs difficiles d'accès, en particulier la falaise du Morne Brabant. La tradition orale rapporte que certains, voyant arriver un détachement venu leur annoncer la liberté, se seraient jetés du haut de la falaise en croyant à une capture. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre de la mémoire du marronnage.

L'engagisme : 450 000 Indiens et la population d'aujourd'hui

Privés de main-d'œuvre servile, les planteurs se tournent vers l'Inde britannique. Le système de l'engagisme recrute des travailleurs sous contrat, généralement cinq ans, contre un salaire dérisoire, le logement sur la plantation et un billet de retour rarement utilisé. Entre 1834 et le début du XXe siècle, environ 450 000 engagés débarquent à Maurice.

Ils passent par l'Aapravasi Ghat, le dépôt d'immigration de Port-Louis construit en 1849, aujourd'hui second site mauricien classé par l'UNESCO. Les conditions sont dures : liberté de mouvement encadrée par un système de laissez-passer, endettement, sanctions pénales pour rupture de contrat. Ce n'est pas l'esclavage, mais ce n'est pas le travail libre non plus.

La grande majorité reste. C'est cette immigration qui explique que Maurice soit aujourd'hui à près de deux tiers d'origine indienne, et que l'hindouisme y soit la première religion du pays. Le bhojpuri, le tamoul et le télougou sont arrivés avec ces bateaux.

La vie politique naît de ce monde de la canne. Le Parti travailliste est fondé en 1936 par le docteur Maurice Curé pour défendre les ouvriers ; les grèves de 1937 et 1943 sont réprimées dans le sang. En 1948, l'élargissement du droit de vote au-delà des seuls propriétaires change tout : la majorité indo-mauricienne entre enfin dans le jeu électoral.

L'indépendance de 1968 et Maurice aujourd'hui

L'autonomie s'obtient par étapes, sans guerre. Les élections d'août 1967 donnent la majorité au camp indépendantiste mené par Seewoosagur Ramgoolam, contre le Parti mauricien social-démocrate de Gaëtan Duval, qui plaidait pour rester associé à Londres. La transition n'est pas paisible pour autant : des affrontements intercommunautaires font plusieurs dizaines de morts à Port-Louis en janvier 1968, deux mois avant la proclamation, et l'armée britannique intervient pour rétablir l'ordre.

L'indépendance est proclamée le 12 mars 1968. Le quadricolore rouge, bleu, jaune et vert remplace l'Union Jack, Ramgoolam devient Premier ministre. Le pays reste d'abord une monarchie du Commonwealth, avec Élisabeth II comme chef d'État symbolique, avant de devenir une république le 12 mars 1992. Depuis, un président mauricien élu par l'Assemblée nationale occupe la fonction.

En 1968, les économistes voyaient noir : monoculture du sucre, chômage massif, croissance démographique rapide. Maurice a fait l'inverse de ce qu'on prédisait. Zone franche textile dans les années 1970 et 1980, puis tourisme, puis services financiers et technologies. La Banque mondiale classe le pays à revenu élevé en 2020, le rétrograde après le choc du Covid sur le tourisme, puis le reclasse dans cette catégorie. Maurice occupe aussi la première place de l'indice Mo Ibrahim de la gouvernance africaine depuis sa création en 2007. Le pays reste membre du Commonwealth et de la Francophonie, sans que ni Londres ni Paris n'y exercent la moindre autorité.

Un dossier hérité de la décolonisation reste ouvert : l'archipel des Chagos, détaché de Maurice par Londres en 1965, juste avant l'indépendance, et dont les habitants ont été déportés pour laisser place à la base militaire de Diego Garcia. Après des décennies de contentieux et un avis de la Cour internationale de justice favorable à Maurice, un accord conclu en 2024 reconnaît la souveraineté mauricienne, la base restant louée au Royaume-Uni.

Où voir cette histoire aujourd'hui

Deux sites classés par l'UNESCO, des maisons coloniales, un fort et un musée naval : l'essentiel de ce récit se visite en une poignée de sorties.

LieuPériodeCe qu'on y voit
Aapravasi Ghat, Port-LouisEngagisme, 1849Le dépôt où débarquaient les travailleurs indiens sous contrat. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Le Morne BrabantEsclavage et marronnageLa montagne refuge des esclaves en fuite, deuxième site mauricien classé par l'UNESCO. Randonnée possible avec guide.
Jardin de PamplemoussesIsle de France, 1770Le jardin botanique de Pierre Poivre, avec ses nénuphars géants et ses palmiers rapportés du monde entier.
Château de Labourdonnais, MapouÉpoque sucrière, 1856Une maison coloniale en teck restaurée, au milieu d'un verger et d'une ancienne distillerie de rhum.
Fort Adelaide (Citadelle), Port-LouisPériode britannique, 1830sLe fort qui domine la capitale, bâti par les Anglais qui craignaient une révolte après l'abolition.
Blue Penny Museum, CaudanToutes périodesLes deux timbres mauriciens de 1847 parmi les plus rares au monde, et de belles cartes anciennes de l'île.
Musée naval, MahébourgBataille de Grand Port, 1810Objets remontés des épaves françaises et anglaises de la bataille, dans une demeure du XVIIIe siècle.
Le Morne Brabant : randonnée guidée par des guides locaux

4,9(703)

Visiter ces sites avec un guide

L'Aapravasi Ghat et le Morne se comprennent mal sans explications : il reste peu de bâti et l'essentiel tient au récit. La montée du Morne encadrée par des guides locaux raconte l'histoire des marrons sur le site même, en petit groupe.

Le Morne Brabant : randonnée guidée par des guides locaux

4 h · Le Morne, sud-ouest · Annulation gratuite · Option privatisée

  • Montée encadrée jusqu'au point de vue
  • Récit des marrons et du site UNESCO
  • Petit groupe

À partir de 50 €par personne

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Questions fréquentes sur l'histoire de l'île Maurice

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