Paul et Virginie est un roman de Bernardin de Saint-Pierreparu en 1788, qui se passe entièrement à l'île Maurice, alors appelée Île de France. Ses deux héros sont inventés, mais le naufrage qui clôt le livre est réel : celui du Saint-Géran, en 1744, au large de Poudre d'Or. Voici le résumé du roman, ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, et les lieux de l'île où son souvenir se visite.
Paul et Virginie : le résumé du roman
Un vieil homme raconte l'histoire à un voyageur, devant les ruines de deux cabanes sur le flanc d'une montagne, derrière Port-Louis. Deux femmes s'y sont installées loin de la société coloniale : Madame de la Tour, jeune veuve d'un noble, et Marguerite, une paysanne bretonne abandonnée par l'homme qui l'avait séduite. Chacune met au monde un enfant, Virginie et Paul.
Les deux enfants grandissent ensemble comme frère et sœur, avec deux esclaves, Domingue et Marie, et le chien Fidèle. Ils vivent de leur jardin, sans argent ni ambition, au rythme de la nature. Un jour, ils ramènent chez son maître une esclave en fuite et implorent sa grâce : l'épisode, avec le collier de fer qu'elle porte, montre sans fard la violence du système colonial.
À l'adolescence, leur affection devient de l'amour. Une grand-tante riche et âgée, restée en France, propose alors de faire de Virginie son héritière. Poussée par sa mère et par le gouverneur La Bourdonnais, la jeune fille part à contrecœur. Elle reste un peu plus de deux ansen France, malheureuse, puis est renvoyée sur l'île, déshéritée pour avoir refusé un mariage.
Le Saint-Géran, qui la ramène, se brise sur les récifs du nord de l'île pendant un ouragan, sous les yeux de Paul et de toute la colonie massée sur le rivage. Un matelot se déshabille pour la porter à la nage. Virginie refuse de se dévêtir devant lui, par pudeur, et disparaît dans les vagues. On l'enterre près de l'église de Pamplemousses. Paul meurt de chagrin deux mois plus tard, suivi de près par les deux mères.

« Naufrage de Virginie », dessin de Prud'hon gravé par B. Roger pour l'édition Didot de 1806. Domaine public, via Wikimedia Commons.
Les personnages
- Paul : fils de Marguerite, garçon simple et dévoué, qui ne survit pas à Virginie.
- Virginie : fille de Madame de la Tour, modèle de vertu et de pudeur, morte dans le naufrage.
- Madame de la Tour: mère de Virginie, veuve d'un homme mort à Madagascar.
- Marguerite : mère de Paul, Bretonne séduite puis abandonnée.
- Domingue et Marie: le couple d'esclaves qui vit et travaille avec les deux familles.
- Le vieillard : voisin et ami des familles, narrateur du récit.
- M. de la Bourdonnais: le gouverneur de l'île, personnage historique réel.
Les grands thèmes
Disciple de Rousseau, Bernardin oppose une vie simple et vertueuse dans la nature à une société corrompue par l'argent et le rang. Il décrit les plantes et les paysages de l'île avec une précision de botaniste, rare dans un roman de l'époque. Le roman parle aussi d'éducation, de religion et, plus discrètement, d'esclavage, que l'auteur avait dénoncé dans son récit de voyage. Ce sont les trois axes que les profs attendent dans une fiche de lecture : nature contre société, amour innocent, critique de la colonie.
Pourquoi le roman se passe à l'île Maurice
Au 18e siècle, Maurice est une colonie française : de 1715 à 1810, elle s'appelle l'Île de France. Bernardin de Saint-Pierre y débarque en 1768comme ingénieur du roi et y reste jusqu'en 1770-1771. Il en garde un souvenir plutôt amer, qu'il raconte dans le Voyage à l'Île de France (1773), un récit très dur sur le sort des esclaves. Pour comprendre ce passé français, voyez aussi pourquoi l'île Maurice n'est plus française.
Quand il arrive, l'île parle encore du naufrage du Saint-Géran, survenu une vingtaine d'années plus tôt. Il dit aussi y avoir rencontré une famille de colons heureuse et retirée, qui lui servira de modèle. Il s'en souviendra en écrivant Paul et Virginie, publié en 1788 dans le quatrième tome de ses Études de la nature. Le décor est celui qu'il a parcouru : les montagnes derrière Port-Louis, le quartier de Pamplemousses et son église, la côte nord face à l'île d'Ambre.
Le contexte de l'époque, de la Compagnie des Indes au gouverneur La Bourdonnais, est détaillé dans notre page sur l'histoire de l'île Maurice.
Le vrai naufrage du Saint-Géran (1744)
Le Saint-Géran est un navire de la Compagnie des Indes, parti de France en mars 1744 pour l'Île de France. Après une escale à Gorée, au Sénégal, où une trentaine d'esclaves sont embarqués, il arrive en vue de Maurice après plusieurs mois de mer. De nuit, il heurte les récifs au large de l'île d'Ambre, en face de Poudre d'Or, sur la côte nord-est, et se disloque.
- La date: la stèle de Poudre d'Or donne la nuit du 17 au 18 août 1744. Certains auteurs placent le naufrage plus tard dans l'année. L'année 1744, elle, n'est pas discutée.
- Le bilan : environ 190 personnes à bord selon les décomptes les plus repris (une douzaine de passagers, le reste en équipage, plus les esclaves). On compte 9 survivants : 8 matelots et 1 passager.
- L'épave : elle a été localisée en 1964 par des plongeurs, par environ 6 mètres de fond, près de la côte. Des objets remontés, dont une cloche, sont exposés au musée de Mahébourg.
Paul et Virginie, histoire vraie ou légende ?
La réponse courte : le naufrage est vrai, les amoureux sont inventés. Bernardin a pris un drame réel, connu de toute la colonie, et l'a remodelé pour servir son récit. Le tableau fait le tri.
| Élément | Dans le roman | Dans la réalité |
|---|---|---|
| Le navire | Le Saint-Géran | Réel, navire de la Compagnie des Indes |
| Le lieu | Les récifs du nord, face à l'île d'Ambre | Réel, au large de Poudre d'Or |
| La météo | Un ouragan | Les récits parlent surtout d'une erreur de navigation de nuit |
| Paul et Virginie | Les deux héros | Inventés, aucun passager de ce nom |
| Le refus de se dévêtir | Virginie se noie par pudeur | Tradition locale non prouvée, prêtée à des passagères |
| La tombe à Pamplemousses | Virginie est enterrée près de l'église | Symbolique : personne n'y repose |
| La Bourdonnais | Gouverneur présent au naufrage | Réel, gouverneur de l'île de 1735 à 1746 |
Les lieux de Paul et Virginie à l'île Maurice
Le souvenir du roman se suit sur cinq sites, du nord au sud-est de l'île. Les trois premiers tiennent dans une demi-journée depuis Grand Baie ou Port-Louis.
Poudre d'Or : le monument du Saint-Géran
C'est le lieu le plus fort. Au bord de l'eau, à Poudre d'Or, dans le district de Rivière du Rempart, une stèle érigée en 1944par la Société de l'histoire de l'île Maurice, pour le bicentenaire, rappelle le naufrage. Elle regarde vers l'île d'Ambre et la passe où le navire s'est brisé. Le village a gardé le nom du roman : une rue Paul et Virginiedescend vers une petite plage du même nom, où un restaurant de fruits de mer porte aussi l'enseigne.
Comptez 15 à 20 minutes de visite. Le site est gratuit et en accès libre. Le matin, la lumière est la meilleure pour voir le récif et l'île d'Ambre.

Le lagon du nord de Maurice. Le Saint-Géran s'est brisé plus à l'est, sur le récif qui borde l'île d'Ambre.
Pamplemousses : l'église et la « tombe » de Paul et Virginie
Dans le roman, Virginie est enterrée près de l'église de Pamplemousses, sous des bambous. Au 19e siècle, on a montré aux voyageurs un « tombeau de Paul et Virginie », jusque sur des gravures du début du 20e siècle. C'est un monument symbolique: les personnages n'ont jamais existé. Aujourd'hui, une statue des deux enfants se dresse à côté de l'église Saint-François, à l'endroit que la tradition locale présente comme leur tombe. Elle a été restaurée au printemps 2026, pour la Journée du patrimoine mondial, avec le Rotary Club de Port-Louis.
L'église est à deux pas de l'entrée du jardin botanique de Pamplemousses, où se trouve aussi un buste de Bernardin de Saint-Pierre. Les deux visites s'enchaînent naturellement : prévoyez 2 heures pour le jardin, 15 minutes pour l'église et la statue.

L'église Saint-François de Pamplemousses, près de laquelle le roman fait enterrer Virginie. Photo Karsten11, CC0, via Wikimedia Commons.

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Pamplemousses et Port-Louis en une journée
Tour du Nord : marché de Port-Louis et jardin de Pamplemousses
9 h · Départ hôtel, nord et Port-Louis · Annulation gratuite · Coupe-file
- Marché central de Port-Louis
- Jardin de Pamplemousses et nénuphars géants
- Véhicule privé, jusqu'à 4 personnes
À partir de 110 €par groupe, jusqu'à 4 personnes
Voir le tour du Nord →Prix mis à jour depuis GetYourGuide. Lien partenaire : cela ne change rien à votre prix.
Port-Louis : le marbre de Prosper d'Épinay
Le groupe sculpté le plus célèbre du roman est l'œuvre de Prosper d'Épinay (1836-1914), sculpteur né à Pamplemousses. Le marbre montre Paul portant Virginie sur son dos pour traverser une rivière, une scène du début du roman. Il est exposé au Blue Penny Museum, au Caudan Waterfront, avec les célèbres timbres « Post Office » de 1847. C'est aussi à Port-Louis que vit le narrateur, et c'est sur les montagnes qui dominent la ville que Bernardin place les cabanes des deux familles.
Curepipe : la copie en bronze

Le bronze de Curepipe, copie du marbre de Prosper d'Épinay. Photo Discott, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Une copie en bronze de la même sculpture se trouve à Curepipe, dans les jardins de l'hôtel de ville, un bâtiment colonial en bois de 1902. Elle y est depuis au moins les années 1920, d'après les photos anciennes. Le site est gratuit et se voit en dix minutes, en passant par le centre de la ville.
La scène sculptée vient du début du roman. Partis seuls rendre une esclave en fuite à son maître, les deux enfants se perdent sur le chemin du retour et doivent traverser une rivière. Paul prend Virginie sur son dos pour la passer à gué. C'est cette image, plus que le naufrage, que Prosper d'Épinay a choisie pour résumer leur histoire : l'enfance, la confiance, avant le drame.
Mahébourg : les objets de l'épave
Le musée national d'histoire de Mahébourg, installé dans une ancienne maison coloniale, conserve des objets remontés de l'épave du Saint-Géran, dont une cloche. C'est le seul endroit où l'on voit des restes matériels du vrai naufrage. L'entrée est gratuite.
Sur l'eau : l'île d'Ambre et l'épave
Pour voir de près le décor du naufrage, il faut aller sur le lagon. L'île d'Ambre, inhabitée et entourée de mangroves, se visite en kayak ou en bateau depuis la côte nord-est. Les plongeurs peuvent demander l'épave du Saint-Géran aux clubs du nord : il ne reste presque rien du navire, mais le site, peu profond, se fait en plongée par mer calme.

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Le lagon du Saint-Géran en kayak
Île d'Ambre en kayak : mangrove et lagon du nord-est
3 h · Île d'Ambre, nord-est · Annulation gratuite · Petit groupe
- Kayak guidé dans la mangrove
- Tour de l'île d'Ambre par le lagon
- Petit groupe
À partir de 54 €par personne
Voir l'excursion à l'île d'Ambre →Prix mis à jour depuis GetYourGuide. Lien partenaire : cela ne change rien à votre prix.
Le parcours Paul et Virginie en une journée
| Étape | À voir | Durée |
|---|---|---|
| Poudre d'Or | Stèle du Saint-Géran, vue sur l'île d'Ambre | 20 min |
| Pamplemousses | Église, statue, jardin botanique | 2 h 30 |
| Port-Louis | Marbre d'Épinay au Blue Penny Museum | 1 h |
| Curepipe | Bronze devant l'hôtel de ville | 15 min |
| Mahébourg | Objets de l'épave au musée | 1 h |
En voiture, comptez environ 2 h 30 de route au total entre Poudre d'Or et Mahébourg, sans les bouchons de Port-Louis. Si vous logez dans le sud, faites le parcours dans l'autre sens.
L'héritage de Paul et Virginie
À Maurice : des noms partout
Le roman a laissé son nom un peu partout sur l'île : la rue et la plage de Poudre d'Or, des restaurants, et l'école franco-mauricienne Paul et Virginie, à Tamarin et Quatre Bornes, que connaissent bien les familles expatriées (voir notre page sur la scolarisation à Maurice). Côté hôtels, le plus connu est le Veranda Paul & Virginie, à Grand Gaube, à quelques kilomètres de Poudre d'Or.

Veranda Paul & Virginie
Grand Gaube★★★★Adultes
L'hôtel qui porte le nom du roman, réservé aux adultes, dans le village de pêcheurs de Grand Gaube. Poudre d'Or et le monument du Saint-Géran sont à une vingtaine de minutes en voiture.
Photo Hotels.com
D'autres adresses dans le nord sont comparées dans notre guide où dormir à l'île Maurice.
Les adaptations : opéras, films, BD
- 1794 : opéra de Jean-François Le Sueur, au théâtre Feydeau à Paris.
- 1876 : opéra de Victor Massé, sur un livret de Barbier et Carré.
- 1924 : film muet de Robert Péguy.
- 1974 : feuilleton télévisé de Pierre Gaspard-Huit.
- 1973 et 1985 : chansons « Redeviens Virginie » de Jean-Jacques Debout et « Paul et Virginie » de Céline Dion.
- 2015: adaptation en bande dessinée avec l'écrivaine mauricienne Shenaz Patel.
Dans la littérature
Le roman a marqué tout le 19e siècle. Flaubert donne les prénoms Paul et Virginie aux enfants de Madame Aubain dans Un cœur simple (1877), Lamartine s'en inspire pour Graziella, et Balzac le cite. Plus près de nous, J.M.G. Le Clézio, d'origine mauricienne, y fait écho dans Le Chercheur d'or (1985).
Lire le roman
Le texte est dans le domaine public: on le trouve gratuitement en PDF ou en ebook, notamment sur Gallica. Il compte environ 150 pages en édition de poche. Lire le livre avant de partir, puis passer à Poudre d'Or et Pamplemousses, change franchement la visite.
Questions fréquentes sur Paul et Virginie
Deux enfants, Paul et Virginie, grandissent comme frère et sœur à l'Île de France (l'actuelle île Maurice), élevés par deux mères seules dans une vallée isolée. Devenus adolescents, ils s'aiment. Virginie est envoyée en France chez une grand-tante riche. Deux ans plus tard, elle revient à bord du Saint-Géran, qui fait naufrage sur les récifs sous les yeux de Paul. Elle se noie, et Paul meurt de chagrin peu après.
En partie. Le naufrage du Saint-Géran est réel : ce navire de la Compagnie des Indes a sombré au large de Poudre d'Or, dans le nord de l'île Maurice, en 1744. Paul, Virginie et leur histoire d'amour sont en revanche inventés par Bernardin de Saint-Pierre, qui a entendu parler du drame pendant son séjour sur l'île, de 1768 à 1770-1771.
À Maurice, le roman est devenu une légende locale : on a longtemps montré aux visiteurs une « tombe de Paul et Virginie » à Pamplemousses, près de l'église où le roman fait enterrer Virginie. Les personnages étant fictifs, il n'y a pas de vraie sépulture. La tradition a aussi associé la mort de Virginie, qui refuse de se dévêtir pour être sauvée, à de vraies passagères du Saint-Géran, sans preuve solide.
Le roman se déroule entièrement à l'Île de France, nom de Maurice sous l'administration française. Bernardin de Saint-Pierre y a vécu comme ingénieur du roi et a situé ses personnages près de Port-Louis et de Pamplemousses. Le naufrage final reprend celui, bien réel, du Saint-Géran à Poudre d'Or. Aujourd'hui, un monument à Poudre d'Or, des statues à Pamplemousses, Curepipe et Port-Louis et des objets de l'épave à Mahébourg en gardent la trace.
Cinq arrêts : le monument du Saint-Géran à Poudre d'Or (face à l'île d'Ambre), la statue près de l'église de Pamplemousses, le marbre de Prosper d'Épinay au Blue Penny Museum de Port-Louis, sa copie en bronze à Curepipe près de l'hôtel de ville, et les objets de l'épave au musée national d'histoire de Mahébourg.
En 1788, dans le quatrième tome des Études de la nature de Bernardin de Saint-Pierre. Le succès est tel que le récit paraît très vite en volume séparé et devient l'un des livres les plus lus en France à la fin du 18e siècle.
Oui. Le roman est dans le domaine public : le texte intégral se trouve gratuitement en PDF ou en ebook, par exemple sur Gallica (BnF) ou la Bibliothèque électronique du Québec. Il fait environ 150 pages, une lecture de 3 à 4 heures.
Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), écrivain et botaniste français, disciple de Rousseau. Envoyé à l'Île de France comme ingénieur du roi en 1768, il en tire le Voyage à l'Île de France (1773), récit de voyage très critique sur l'esclavage, puis Paul et Virginie (1788). Il finit intendant du Jardin des plantes de Paris.







