Le dodo (Raphus cucullatus) est un grand oiseau incapable de voler qui ne vivait qu'à l'île Maurice. Découvert par les marins hollandais en 1598, il a disparu vers 1690, moins d'un siècle plus tard. C'est aujourd'hui l'emblème du pays, sur les armoiries comme sur les billets, et son squelette est exposé à Port-Louis.
Qui était le dodo ?
Le dodo appartient à la famille des pigeons. Ses ancêtres, venus d'Asie du Sud-Est, se sont installés à Maurice bien avant l'homme. Sur une île sans mammifère prédateur, il a grandi, perdu l'usage du vol et pris l'habitude de nicher au sol. Les récits d'époque et les squelettes donnent ce portrait :
- Environ 1 mètre de haut, plumage gris-bleu, petite touffe de plumes claires en guise de queue.
- Un bec massif et crochu d'environ 23 cm, la partie la plus reconnaissable de l'oiseau.
- Des ailes minuscules et un sternum trop petit pour porter des muscles de vol.
- Des pattes jaunes et robustes, faites pour marcher dans la forêt.
- Un régime à base de fruits et de graines tombés au sol, selon l'hypothèse la plus admise.
- Un poids de 10 à 14 kg selon les études récentes sur ses os (2011, 2016, 2018), bien moins que les 20 kg souvent cités.

Les reconstitutions modernes montrent un oiseau plus élancé que les tableaux du 17e siècle.
L'image du dodo obèse vient surtout des peintres flamands, en particulier Roelandt Savery et son neveu Jan, dont une toile de 1651 est conservée à Oxford. Ils peignaient sans doute des oiseaux ramenés en Europe et engraissés en captivité, ou des animaux naturalisés mal montés. La célèbre restitution de Frederick William Frohawk, publiée en 1907, a repris cette silhouette ronde. Les reconstitutions faites à partir des os, depuis les années 1990, montrent un oiseau plus fin, peut-être plus gras en fin de saison humide.
Pourquoi et quand le dodo a disparu
1598 : les Hollandais débarquent
Maurice était inhabitée quand l'expédition hollandaise de Wybrand van Warwijck y fait escale en 1598. Les marins décrivent un oiseau qu'ils baptisent « walgvogel », l'oiseau dégoûtant, parce que sa chair reste dure même longuement cuite. Ils en mangent quand même : l'oiseau ne fuit pas, il suffit de le ramasser. L'origine du nom « dodo » est discutée ; il viendrait du néerlandais dodoor, le paresseux, ou de son cri. Le contexte de cette période est détaillé dans notre histoire de l'île Maurice.
Les vrais coupables : porcs, macaques et rats
La chasse n'a pas suffi à éteindre l'espèce. Ce sont surtout les animaux introduits par les navires qui l'ont condamnée : porcs lâchés en liberté, macaques venus d'Asie, rats, chiens et chats. Le dodo pondait au sol, sans défense, et ses nids étaient pillés. Les Hollandais, installés de 1638 à 1710, ont aussi abattu la forêt d'ébène où il vivait. Une espèce qui se reproduisait lentement, sur une île de 1 865 km², n'a pas tenu.
Quand est mort le dernier dodo ?
La dernière observation fiable date de 1662. Volkert Evertsz, naufragé, raconte en avoir capturé sur un îlot au large de Maurice. Des registres de chasse cités jusqu'en 1688 mentionnent encore des « dodos », mais le nom désignait peut-être déjà le râle rouge, un autre oiseau disparu. En croisant ces témoignages, les chercheurs placent l'extinction entre 1690 et 1700. Personne n'a vu mourir le dernier, et on ne sait pas qui l'a tué.
Le dodo, symbole national de l'île Maurice
Sur les armoiries depuis 1906
Le dodo est l'un des deux supports des armoiries de Maurice, accordées par le roi Édouard VII le 25 août 1906. Il se tient à gauche du blason, face à un cerf, avec la devise Stella Clavisque Maris Indici, « l'étoile et la clé de l'océan Indien ». Les armoiries n'ont pas changé à l'indépendance de 1968. En revanche, le dodo n'est pas sur le drapeau, qui ne compte que quatre bandes de couleur : on vous explique leur sens sur notre page drapeau de l'île Maurice.
Sur les nouveaux billets en polymère
La Banque de Maurice remplace ses billets papier par des billets en polymère. Le billet de Rs 1 000 (décembre 2024), puis ceux de Rs 100 (juin 2025) et Rs 200 (juillet 2025) ont une fenêtre transparente avec une image de dodo, visible par transparence. Les armoiries, donc le dodo, figurent aussi dans le coin inférieur gauche du recto des coupures de Rs 25 à Rs 200. Pour la valeur des coupures et le change, voir notre page sur la roupie mauricienne.
Dans les boutiques de souvenirs
Peluches, statuettes en bois, porte-clés, t-shirts, magnets : le dodo est partout dans les boutiques de l'île, du Caudan Waterfront à Grand Baie. Préférez les objets fabriqués à Maurice (bois sculpté, textile local) aux peluches importées vendues dans les aéroports.
Où voir le dodo aujourd'hui
Le musée d'Histoire naturelle de Port-Louis
Si vous ne devez voir qu'un dodo, c'est celui-là. Le musée d'Histoire naturelle, au rez-de-chaussée du Mauritius Institute (bâtiment de 1880, le plus ancien musée du pays), fait face au Jardin de la Compagnie. Sa galerie consacrée au dodo expose l'un des squelettes les plus complets au monde, assemblé presque entièrement avec les os d'un seul oiseau. Il a été trouvé au tournant du 20e siècle par le naturaliste amateur Louis Étienne Thirioux, près du Pouce, et scanné en 3D par des chercheurs en 2014. À côté : des reconstitutions de l'oiseau et d'autres espèces disparues de l'île.
Les listings indiquent une entrée gratuite et une ouverture en semaine et le samedi matin, mais les horaires varient selon les sources : appelez avant de vous déplacer (+230 202 0639). Comptez 45 minutes. Le musée se combine facilement avec une visite du centre, détaillée dans notre guide de Port-Louis.
La Mare aux Songes, le gisement des os
Presque tout ce qu'on sait du dodo vient d'un marais du sud-est, près de l'aéroport et de Mahébourg. En 1865, des ouvriers du chemin de fer y trouvent des os ; George Clark, instituteur à Mahébourg, y fouille et en exhume des centaines. En 2005, une équipe internationale y reprend les fouilles et date le dépôt à environ 4 200 ans, lors d'une sécheresse qui a concentré les animaux autour de l'eau. Les os de tortues géantes y sont plus nombreux que ceux de dodos. C'est un site de recherche, rien n'y est prévu pour les visiteurs.
En France et à l'étranger : Paris, Oxford, Durban
À Paris, la galerie de Paléontologie du Muséum national d'histoire naturelle, au Jardin des plantes, présente un squelette et une reconstitution de dodo. Le musée d'histoire naturelle d'Oxford conserve la seule tête de dodo avec des tissus mous, et un pied. Les scanners y ont trouvé des plombs : l'oiseau a été abattu. Le musée de Durban, en Afrique du Sud, possède un second squelette, en partie composé d'os de plusieurs individus.
La faune que le dodo a laissée : l'île aux Aigrettes
Pour voir ce à quoi ressemblait son monde, allez sur l'île aux Aigrettes, réserve au large de Mahébourg. On y a replanté la forêt sèche d'origine et réintroduit des espèces sauvées de justesse, comme le pigeon rose, cousin du dodo, et des tortues géantes qui remplacent celles qui ont disparu.

4,2(26)
Voir la faune endémique sur l'île aux Aigrettes
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Les tortues géantes d'Aldabra, introduites à Maurice, jouent le rôle des tortues mauriciennes disparues en même temps que le dodo.
Les idées reçues sur le dodo
« Il était stupide »
Sa réputation d'oiseau bête vient de sa confiance envers les marins, qui pouvaient l'approcher et le ramasser. C'était une adaptation logique : sans prédateur sur l'île pendant des millions d'années, fuir ne servait à rien. Une étude de 2026 sur son crâne suggère même des capacités sensorielles (vue, odorat) originales parmi les pigeons.
« Il était gros et lourd »
Faux, ou très exagéré. Les 20 à 23 kg longtemps cités viennent des tableaux. Les mesures faites sur des centaines d'os ramènent son poids à 10 à 14 kg, l'équivalent d'une grosse dinde.
« Les marins l'ont mangé jusqu'au dernier »
Ils en ont mangé, mais les espèces introduites ont pesé plus lourd que la chasse, en détruisant les œufs et les jeunes. Quant à sa viande, les premiers journaux la disent « ferme mais bonne », un peu moins bonne que celle des pigeons.
« Il vivait aussi à Madagascar ou à La Réunion »
Non. Le dodo était endémique de Maurice. Son proche cousin, le solitaire de Rodrigues, vivait à 600 km à l'est, sur l'île Rodrigues, et a disparu vers 1760. Le « solitaire de La Réunion » des récits anciens était un autre oiseau, sans doute un ibis.
« Sans le dodo, l'arbre à dodo ne pousse plus »
Une théorie de 1977 affirmait que les graines du tambalacoque devaient passer par le gésier du dodo pour germer. Elle a été réfutée : l'arbre germe sans lui, et d'autres animaux, dont les tortues géantes, dispersaient aussi ses graines.
« Lewis Carroll s'est dessiné en dodo à cause de son bégaiement »
Le dodo d'Alice au pays des merveilles (1865) est bien un clin d'œil de Charles Dodgson à lui-même. L'histoire du « Do-Do-Dodgson » bégayé est en revanche une explication répandue que rien ne prouve. Carroll avait pu voir les restes du dodo d'Oxford, à deux pas de son collège.
Le dodo peut-il revenir ?
Aucun dodo vivant n'a été retrouvé, et aucun ne le sera. En septembre 2025, la société américaine Colossal Biosciences a annoncé avoir cultivé pour la première fois des cellules germinales de pigeon, une étape vers un projet de « dé-extinction » mené avec un comité consultatif mauricien. L'idée : modifier le génome du pigeon de Nicobar, son plus proche parent vivant, et faire pondre des poules porteuses. Les scientifiques extérieurs restent sceptiques : le résultat serait un pigeon modifié qui ressemble au dodo, pas un dodo, et l'île devrait d'abord être débarrassée des rats et des macaques qui l'ont éteint.
Questions fréquentes sur le dodo de l'île Maurice
Le dodo a surtout disparu à cause des animaux amenés par les navires : porcs, macaques, rats et chiens pillaient ses nids, posés au sol. La chasse par les marins a joué, mais moins. La déforestation pratiquée par les Hollandais a achevé de réduire son habitat. Incapable de voler et sans méfiance envers l'homme, il n'avait aucune parade.
Non. Aucun dodo vivant n'existe depuis la fin du 17e siècle, et aucun n'a été « retrouvé ». La société américaine Colossal Biosciences a annoncé en 2025 un projet de dé-extinction à partir du pigeon de Nicobar, son plus proche parent vivant, mais il produirait au mieux un pigeon génétiquement modifié qui lui ressemble, pas un dodo.
La dernière observation fiable date de 1662, par le marin hollandais Volkert Evertsz, sur un îlot au large de Maurice. Des récits plus tardifs, jusqu'en 1688, sont discutés. Les estimations statistiques placent la disparition entre 1690 et 1700. Personne ne sait qui a tué le dernier.
Le dodo (Raphus cucullatus) vivait seulement à Maurice. Il est décrit pour la première fois en 1598 par l'expédition hollandaise de Wybrand van Warwijck, qui le surnomme « walgvogel », l'oiseau dégoûtant. Moins d'un siècle plus tard, il a disparu. Redécouvert par ses os à la Mare aux Songes en 1865, il est devenu l'emblème du pays et figure sur ses armoiries depuis 1906.
Non. Le drapeau mauricien n'a que quatre bandes (rouge, bleu, jaune, vert), sans aucun dessin. Le dodo figure sur les armoiries du pays, à gauche du blason, face à un cerf. On le retrouve aussi sur les nouveaux billets polymères.
Il mesurait environ 1 mètre de haut. Pour le poids, les études récentes sur ses os donnent 10 à 14 kg, loin des 20 à 23 kg longtemps avancés d'après les tableaux d'époque, qui montraient sans doute des oiseaux captifs suralimentés.
Au musée d'Histoire naturelle de Port-Louis, au rez-de-chaussée du Mauritius Institute, face au Jardin de la Compagnie. Il expose l'un des squelettes de dodo les plus complets au monde, assemblé à partir des os d'un seul oiseau, ainsi que des reconstitutions.
Non, le dodo ne vivait qu'à Maurice. Son plus proche cousin, le solitaire de Rodrigues, vivait sur l'île Rodrigues et a disparu vers 1760. Le « solitaire de La Réunion » décrit par les voyageurs est un autre oiseau, sans doute un ibis.







